Le Grand Détour

Festival de Kishiwada, rencontres et soirée inoubliables

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Le festival en quelques mots

En ce samedi j + 3, nous rejoignons la ville de Kishiwada, à 35 minutes d’Osaka pour assister à l’un des festivals exceptionnels du Japon, le Kishiwada Danjiri Matsuri. Chaque année en septembre, la ville de Kishiwada vibre 2 jours durant au son de la fête et de son défilé de chars (les danjiris) pour prier les dieux d’obtenir les meilleures récoltes possibles. Chacun des 22 quartiers possède son char de plusieurs tonnes, en bois finement sculpté, que des centaines d’habitants du quartier, de toutes les générations, vont tirer en courant à travers la ville, de 6 heure du matin à 22h, au son des tambours taiko, des flutes et des cloches, devant des milliers de visiteurs vibrant à l’unissons des « Oh hisse, oh hisse » japonais.

L'un des danjiris sous l'arcade principale

L’un des danjiris sous l’arcade principale

Il faut vraiment le voir pour apprécier à la fois la dimension du festival, avec ses centaines de stands qui rappellent une kermesse géante, mais également la ferveur populaire de toute une ville fière de défiler et d’encourager les coureurs et les tireurs de char. Les passages de virages constituent les temps forts du défilé : les tireurs prennnent leur élan, synchronisés par des sifflets d’un bout à l’autre de la chaîne humaine sur plusieurs centaines de mètres. Et puis c’est le coup d’envoi, tout le monde se met à courir, tandis que le leader du char, juché à plus de 4m sur le toit dirige les opérations tout en exécutant le pas de danse spécifique du quartier. Avec lui sur le char une quinzaine d’autres d’hommes, chacun avec un rôle bien précis : devant, 3 personnes importantes du quartier dont l’équivalent du maire local, des musiciens, des seconds de commandement pour chaque côté du char et l’arrière.

Derrière le char une vingtaine d’hommes forts sont assignés à la barre pour faire pivoter le mastodonte. Et justement dans les virages ces derniers sont mis à contribution car les roues du char ne pivotent pas ! Il faut donc une coordination parfaite entre les tireurs, les commandants et les barreurs pour faire glisser les roues en bois sur le goudron, au risque de faire renverser le char, non seulement sur les spectateurs mais également de faire dégringoler ceux qui sont dessus… chaque année il y a d’ailleurs des accidents, rarement très graves mais impressionnants.

Bref c’est donc un marathon de course, de danse auquel se livrent les heureux élus qui, dit-on, ne vivent que pour ces 2 jours de fête. Le soir, les chars sont équipés littéralement de plusieurs centaines de lanternes et défilent au pas cette fois dans toute la ville, comme des galions mystérieux flottant dans la nuit. Les tireurs sont épuisés mais heureux, l’ambiance est magique…

Et nous au milieu de cette fête

Avant d’y aller, nous ne connaissions que les grandes lignes de cette fête, sans trop savoir à quoi nous attendre…

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Arrivée à Kishiwada sous le soleil

Nous étions loin de nous imaginer l’ampleur du festival et la journée ne fut qu’une succession de surprises, d’ébahissements et d’émotions fortes, à mesure que nous progressions à travers la foule en admirant les chars et en se perdant dans les petites ruelles de la ville. Tout les habitants semblaient participer à la fête d’une manière ou d’une autre et avaient transformé leurs garages et terrasses en aires de pique-nique. Dans cette foule de touristes il n’y avait quasiment aucun européen ou occidental et nous attirons les regards curieux ou amusés. Le matin une des équipes de tireurs de char m’a fait posé avec eux et nous a donné un genre d’éventail à l’éffigie de leur quartier pour les soutenir.

Avec les tireurs de chars

Avec les tireurs de chars

Durant notre balade du matin nous nous étions arrêtés sous une grand arcade pour admirer les chars… sans nous douter que nous serions encore le soir, mais cette fois en admirant le défilé depuis le balcon entourés d’une vingtaines de japonais francophiles adorables, en trinquant à la bière et au saké.

Auparavant, après un déjeuner d’une spécialité locale d’okonomiyaki, nous nous sommes accordés une balade un peu plus calme pour visiter le château de la ville.

Le château de Kishiwada

Le château de Kishiwada

Superbe batisse qui n’a pas grand chose à envier à celui d’Osaka, le château comprend également un parc où nous avons pu faire une petite sieste – l’occasion de composer un petit haiku de circonstance :

A Kishiwada

Sous les arbres du château

Loin les danjiris

On regarde les nuages, on est bien. Là, tout de suite, dans l’instant.

Rencontres et soirée japonaise improbable

Nous voulions absolument rester jusqu’au défilé de nuit qui, nous a-t-on dit, est réellement magique avec les lanternes. Or nous nous sommes retrouvé à la galerie principale vers 17h, sans trop savoir quoi faire pendant 2 heures, sachant qu’on s’était déjà arrêté juste avant pour boire un coup. Peut-être avions nous l’air de deux âmes en peine, vagabondant sans but dans la rue. Peut-être était-ce de la chance. Peut-être projetions-nous inconsciemment un certain désir de rencontre avec des locaux. Toujours est-il qu’à un moment donné, nous croisons le regard d’une japonaise qui nous lance un « Bonsoir ! » en français. Tiens. Et moi de répondre en japonais du tac au tac « Konba wa », avant d’expliquer que nous sommes français (ou franco-anglais), arrivés il y a peu au Japon… A partir de là nous commençons à discuter plus sérieusement avec Ahnya, en franco-anglo-japonais. Oui car elle parle un peu français, sans avoir jamais pris de cours mais en écoutant la langue dans les films et les conversations (entre français j’imagine). Ayant vécu 2 ans aux Etats-Unis, elle parle aussi bien anglais et nous explique le festival plus en détail au rythme de nos questions. Et puis elle nous propose de venir avec elle pour rencontrer ses amis qui se trouvent au premier étage du bâtiment derrière nous.

« Vraiment ? » « Oui, oui, venez ! ».

Gênés mais ravis, nous la suivons et nous débouchons dans une salle timidement où une vingtaine de paires d’yeux se tournent vers nous, après quoi plusieurs d’entre eux nous lancent des « Bonsoir ! » en rigolant. En fait il s’agit de la pièce principale d’un restaurant qui a fermé et que des amis d’Anhya ont loué pour l’occasion, et pour partager des agapes sur une grande table et pour pouvoir suivre le défilé depuis le balcon qui donne directement sur l’arcade.

Les amis d'Ahnya et de Momo-chan

Les amis d’Ahnya et de Momo-chan

Ni une ni deux un japonais nous offre deux bières puis Ahnya demande si on a faim. Nous acquièsçons, à la fois pour être polis mais aussi parce qu’on a effectivement un petit creux. Nous nous retrouvons alors attablés et chacun y va pour nous proposer ce qu’il a préparer pour l’occasion, c’est juste énorme ! On commence alors des présentations un peu plus détaillées avec nos hôtes qui n’en sont pas à leur première bière de la soirée, loin de là. Un gars nous offre du saké japonais et je lui dis que je prends une photo de chaque bouteille de saké que j’ai goûtée. « Sugoi ! (génial) », me répond-il en m’emmenant vers le frigo pour me montrer toutes ses bouteilles, dont une d’un saké réalisé avec la même tradition depuis l’ère Edo. Anhya nous apprend qu’elle aime la France et qu’elle a eu l’occasion de faire un échange avec un français pour son fils. Son amie Momo-Chan nous dit qu’elle est allée en France, en Bretagne, il y a plusieus années. Bref tous ces japonais et japonaises sont plus ou moins francophiles et ça donne forcément à cette rencontre une saveur particulièrement sympathique. Et encore plus réciproquement sympathique lorsqu’on leur explique, photos à l’appui, que nous nous occupons d’une association qui fait la promotion de la culture japonaise dans notre ville et qu’on a eu l’occasion de pratiquer de nombreuses formes d’art japonais et de s’intéresser à de nombreux pans de leur culture.

Nous somme ravis, hyper touchés de ces échanges et de cette hospitalité spontannée. Tandis que l’alcool commence à faire effet, nous nous lançons dans ces tas de discussions super sympas où les gestes accompagnent souvent les sourires.

Les chars parés de lanternes

Les chars parés de lanternes

Un peu plus tard Anhya et Momo-Chan proposent de nous accompagner pour voir la préparation du char du quartier, à quelques pas sous le balcon. Elles en profitent pour nous présenter un magasin de pickles (légumes marinés) où nous goûtons des tas de préparations. Et puis nous assistons à la préparation du char pour la nuit. Effectivement, ce sont des centaines de lanterne qui recouvrent petit à petit le char, préalablement équipé de lourdes armtures en métal pour soutenir ce poids supplémentaire mais également pour permettre à certains membre de l’équipage de s’y accrocher à plus de 4 mètres de haut. C’est hyper impressionnant.

 

 

Nous retournons ensuite avec notre « famille » d’adoption pour finir la soirée entre rire, partage de boisson et défilé de lanternes sous nos yeux. Quel moment extraordinaire, quelle occasion d’échange et de partage. C’est *exactement* cela que nous recherchons pour notre voyage et nos envies ont été comblées au-delà de toutes attentes !

Anhya, si tu as l’occasion de lire ces lignes, Susie et moi nous souhaitons encore une fois te remercier pour ton invitation et pour ces excellents moments passés en ta compagnie et celle de tes amis. Arigatou gozaimashita ! Ureshikatta desu !

Plus tard lorsque nous partirons, nous échangerons de nombreux « au-revoir » de la main jusqu’à ce qu’on ne puisse plus se voir… En rejoignant la gare nous capturons quelques dernières images de ces vaisseaux mystérieux flottants dans la nuit, tous de lanternes vêtus.

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Les chars de lanternes flottants

Longtemps nous nous souviendrons de cette soirée…

4 reflexions sur “Festival de Kishiwada, rencontres et soirée inoubliables

  1. ahnya

    Dear Susie and Stephane

    I also was very glad to be able to share a lovely evening with you.
    Hope to see you again!
    Have a nice trip.

  2. Samuel

    Salut Stéphane et Susie,
    C’est magnifique. Ca me donne le frisson en lisant cet article.
    A la fois l’aventure en elle-même et la manière dont vous la racontez, on adore! Continuez!!

    1. Steph Auteur de l'article

      Salut Samuel et Sandrine (désolé qu’on ait pas fait de skype avant de partir…) ! Merci beaucoup de ton commentaire Sam ! Content que ça vous plaise 😉 On fait tellement de trucs de ouf que c’est compliqué de tenir le blog à jour mais on essaye ! A venir : Nara puis le mont Koya… mais demain départ vers Himeji puis Shikoku. Bref c’est cool !!!