Le Grand Détour

6 heures de pirogue jusqu’à Muang Khua

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france_french_flag Ce matin le soleil perce les nuages plus tôt qu’hier et dès 9 heures nous profitons d’une superbe vue sur le fleuve et les montagnes, tout en prenant notre petit déjeuner. La guesthouse où nous restons, Meexai Guesthouse, est vraiment chouette. Elle est tenue par une famille qui assure toutes les aspects du travail pour entretenir les 10 chambres proposées. Mais nous sommes particulièrement touchés par la gentillesse et la disponibilité de Somit, le garçon d’une vingtaine d’années qui gère, entre autres, l’intendance et la relation avec les clients grâce à son bon niveau d’anglais. Avec un sourire de tous les instants il a fait de notre court séjour de 2 jours un vrai plaisir. Nous en profitons pour discuter un peu avec lui. Il vient de finir ses études à Luang Prabang, où il a étudié l’informatique et le management. Il est maintenant de retour dans sa famille pour gérer la guesthouse avec eux et on peut dire qu’il est sur tous les fronts : relations clients, cuisine, ménage, etc. Il nous demandera d’ailleurs quelques conseils pour améliorer le page ranking du petit site web qu’il a créé avec le CMS Joomla pour la guesthouse. Autant nous avons croisé de nombreux laotiens qui, au-delà de leurs sourires, n’étaient pas nécessairement très prévenants, autant Somit est la gentillesse incarnée.

Nos dernières rencontres nous font réfléchir sur nos situations privilégiées où nous n’avons pas à nous soucier du revenu principal de nos parents, nous qui n’avons pas eu à arrêter nos études pour subvenir à leur besoins. Cela rend humble.

Avec les billets pour Muang Khua achetés tôt ce matin en poche, il est temps de quitter Nong Khiaw et la Meexay Guesthouse pour de nouveaux détours. Alors que nous nous apprétons à partir de la guesthouse, Susie pointe vers le couple qui marche devant nous. Je ne comprends pas tout de suite… ce sont nos amis Gert et Lyssa que nous n’avions pas vus depuis Vientiane ! Ils restent dans la même guesthouse que nous mais sont arrivés la veille. Malheureusement nous n’avons pas tellement de temps pour échanger nos impressions de voyage car le bateau pour Muang Khua part à 11h. Nous parlons très brièvement de Vang Vieng et de Luang Prabang. Nous apprenons qu’ils se sont inscrits pour faire « La Gibbon’s experience » le 13 novembre. Nous les suivrons très probablement à deux jours d’intervalle pour passer 3 jours à se balader dans la jungle, de tyrolienne en tyrolienne, dans l’espoir d’apercevoir des groupes de gibbons sauvages. Déjà nous devons les quitter mais qui sait, peut-être recroiserons-nous leur chemin ?

En arrivant à l’embarcadère des bateaux, nous trouvons déjà une file de touristes qui fait la queue sur les escaliers, la plupart avec des gros sacs à dos comme les nôtres. Je fais un petit sondage et ils s’avèrent que la plupart, si ce n’est la totalité d’entre eux, se rend à Muong Ngoy. Il s’agit d’un petit village, apparemment très mignon, plus petit que Nong Khiaw, qui se trouve à une heure de bateau de la ville. Pour notre part nous nous rendons à Muang Khua, à 6 heures de bateau-pirogue. Nous réalisons rapidement que nous partageons en fait le même bateau, qui fait donc un arrêt à Muong Ngoy. A la petite différence près que nous avons le droit de nous asseoir sur deux des six sièges de bus recyclés situés à l’avant du bateau. Détail qui a son importance pour notre confort car le reste des passagers devra s’entasser comme des sardines à l’arrière et au milieu du bateau pendant une heure. C’est d’ailleurs presque la même embarcation qu’hier.

Lorsque nous partons, nous sommes très lourdement chargés, voire surchargés : bagages, passagers, cargaisons et la famille du conducteur, suppose-t-on, qui fait le trajet avec nous : femme enceinte, maman, petite fille et plus tard le grand-père. Sur le chemin de Moung Ngoy, nous nous arrêtons dans les deux villages que nous avons visités la veille pour prendre d’autres passagers locaux et leur chargement. Dans les rapides qui nous avaient un peu ballotés la veille en kayak, le bateau en surcharge peine à la tâche mais nous passons quand même.

Durant la première partie du trajet, j’ai l’occasion de discuter à bâton rompu avec un couple de français en voyage au Laos pour 5 jours, tandis que Susie doit changer de place avec un tout jeune moine pour des questions de répartition du poids entre la gauche et la droite du bateau. L’équilibre est précaire. Le couple de français qui habite désormais Lille a vécu pendant 4 ans au Japon et 2 ans à Hong-Kong. C’est l’occasion de confronter une fois de plus nos perceptions du Japon et de la Chine.

Le trajet jusqu’à Muong Ngoy est au moins aussi beau qu’hier, sinon plus. Nous sommes cernés de montagnes, dont certaines aux falaises abruptes, recouvertes de jungle vierge, à l’exception de quelques cahutes, de plus en plus éparses à mesure que nous remontons le cours du fleuve. Des pêcheurs et des buffles d’eau se partager le cours d’eau. Entre le ronflement du moteur et la musique locale du chauffeur, nous brisons un peu la sérénité de ces magnifiques montagnes, mais il n’y a personne pour se plaindre 😉

Parvenus à Mung Noi, tout le monde descend. Ou presque. Outre la famille du chauffeur, une jeune fille et un autre couple de locaux, nous sommes les deux seuls passagers non laotiens du bateau. Cool ! Nous repartons sans tarder en remontant le Nam Ou. Comme c’est l’heure du déjeuner, nous sortons nos sandwichs préparés par Somit tandis que les autres passagers dégustent des boulettes de riz gluant entourées d’une feuille de bananier.

La petite fille est très mignonne. C’est sa grand-mère qui s’en occupe tandis que la maman enceinte semble un peu distante. A la maison, en France, le dimanche midi, il nous arrive de regarder des documentaires, en particulier sur les pays d’Asie. Aujourd’hui dans ce bateau pirogue avec la famille laotienne, nous sommes dans le documentaire, nous SOMMES le documentaire !

Les heures de trajets ne tardent pas à nous rappeler notre nature humaine et ce besoin de se soulager est partagé par tous. A un moment donné le chauffeur s’arrête sur l’une des berges sableuses. c’est la petite fille qui a donné le signal pour une urgence pipi. Ce besoin naturel est satisfait sans tabou ni débat. La petite fille, sa mère et sa grand-mère sortent du bateau, relèvent leur jupe, baissent leur culottes et s’accroupissent juste à côté de nous sur la berge. J’ai presque honte d’être aller pisser un peu en retrait 😉 Nous repartons.

Quelques temps plus tard, nous débarquons le couple dans un tout petit village. La jeune femme transporte avec elle une très grosse peluche de chat. Nous repartons, alternant rapides négociés au milimètre et parties plus calmes du fleuve, « en famille » quoi. Dommage que leur anglais, tout comme notre laotien, soit limité.

En chemin nous croisons d’autres villages qui ont l’air complètement isolés si ce n’est pour le fleuve qui permet aux gens de se rendre à la ville pour vendre éventuellement leurs production de paniers tressés ou bien les excédents de leurs récoltes. Des enfants, parfois tous nus, parfois habillés, jouent sur les bords du fleuve. J’en aperçois l’un d’entre eux arborant un teeshirt « Angry birds » ! Certains se déplacent parfois en pirogue, tous seuls malgré leur jeune âge.

Nous poursuivons notre route.

Encore un peu plus loin la petite fille, la mère et la grand-mère quittent le bateau pour un petit village. Je pense qu’ils n’ont finalement rien à voir avec le chauffeur. Il reste la dernière jeune fille avec nous, que le chauffeur déposera une heure plus tard dans un autre village. Nous finissons donc le trajet à trois, le chauffeur, Susie et moi.

Encore une bonne heure et demi de pirogue, à regarder défiler la jungle laotienne, au son de la musique locale dont il nous semble écouter la même chanson en boucle depuis 6 heures de temps 😉 A l’ombre du soleil couchant il ne fait plus très chaud. Nous nous couvrons.

Quelques méandres plus tard nous arrivons enfin dans le petit village de Muang Khua. Le chauffeur nous débarque. Nous tentons de lui dire merci et au revoir mais il s’en moque, déjà parti discuter avec ses amis. Ce n’est pas qu’il ne soit pas sympa, c’est l’attitude souvent constatée ici : les gens s’en fouttent un peu. Bon. Il est temps de trouver où passer la nuit car il est déjà 17h30 et le ciel s’assombrit. Une petite recherche sur Internet m’avait retourné 2 options apparemment sympas. La première, un peu rustique, avec un patron chaleureux qui parlait anglais mais avec des bars à karaoké de chaque côté de la chambre rendant le sommeil difficile, et la deuxième, à priori un très bon choix à Muang Khua, confortable avec Wifi.

Le sommeil, c’est important, se dit-on. La nuit nous fera comprendre à quel point notre choix était peu judicieux. Au passage, c’est la première fois de notre voyage que nous nous pointons ainsi dans une ville sans réservation préalable.

Nous profitons cependant du Wifi pour publier nos articles sur les éléphants avant d’aller dîner. Il fait déjà noir lorsque nous sortons et le village est faiblement éclairé. C’est vraiment différent de Nong Khiaw. Plus petit, moins touristique et du coup moins d’options pour manger. Nous faisons assez rapidement le tour de la ville. Nous traversons une passerelle en bois suspendue qui enjambe le fleuve en suivant un panneau « restaurant ». La musique ultra-forte des bars à karaoké ne tarde pas à se faire entendre, nous sommes proches de la guesthouse que nous n’avons pas choisie. Le fameux « retaurant » est vide et on nous indique que ce n’est pas possible d’y manger… Nous retournons de l’autre côté du fleuve pour finir dans une petite gargote où nous mangerons simplement mais correctement.

Honnêtement, nous n’avons pas vraiment le feeling pour cette ville. Ce n’est pas la taille ou le côté rustique mais ce n’est juste pas très accueillant. Susie me dit que, comme pour notre guesthouse, il faut lui donner sa chance de nous séduire…

english_flag Straight after breakfast Stéphane headed off across the bridge to the docks to buy our tickets for the cruise to Muang Khua. We packed our bags, thanked Somit for his hospitality and chatted to him for a while. He explained that he’d just finished his training in IT and Business Management and was now working with his mother and father here. The comments on tripadvisor and booking had all said that it was a lovely guesthouse that was just missing breakfast. Somit now cooks as well and offers breakfasts on the private balconies with proper fresh juices and everything. His father does all the maintenance and his mother does the laundry and servicing the rooms. He asked us about how to get his guesthouse to appear in the Google results when people type Luang Namtha…Stéphane tried explaining before saying to me that Mehdi was the specialist for this kind of thing. Maybe we should have offered Infhotep’s services — a Laos branch maybe? ^_-

I wanted to get to the dock early and as we left I saw the back of a familiar couple leaving the 2nd floor of our guesthouse. Gert and Lissa, who we’d met in China and flown to Laos with. They turned round and we had a lovely chat with them (whilst Gert was jumped on by a small boy…random). They’d pretty much done the same trip as us since Vientiane but with different results (too many party people in their bus and their hotel in Vang Vieng whereas our bus was tame and the hotel totally peaceful; loved Luang Prabang and stayed for a long time whereas we thought that a couple of days was enough in Luang Prabang and we headed to the ECC).

Anyway, we joked that we’d probably see them again soon and ran off to catch our boat, smiling like we’d seen old friends!

At the docks there was already a huge queue leading down to the boats. I asked Stéphane to leave me in the big queue with his big bag whilst he went down to the boats to see if we needed to queue as well (as most people that we spoke to in the queue weren’t going as far as Muang Khua — they were pretty much all heading for Muong Ngoy).

It was a good decision as Stéphane came back and said that we had to head down to the boat. There were several boats, ours had 6 comfy seats at the front and then benches behind. The benches were already pretty crammed and there was a heap of backpacks on the back of the boat and another behind the benches. Stéphane said “Muang Khua” and we were shown to the comfy seats (reconditioned coach seats) and the driver shooed a few people from these seats back into the bench area before pushing more people onto the boat including a French couple and a monk. When we thought that the boat was full he then added two more tourists to the front of the boat (between us and the driver) before then telling them to go and sit with the people on the benches too…it was a little chaotic to say the least!

Once all the tourists were on the boat was pushed backwards from the jetty to let another one in to start filling up with tourists too. After that, 3 Laos ladies got on, 3 rolls of barbed wire were added just in front of Stéphane’s legs (between him and the ladies), about 18 dozen eggs and several large bags.

The boat was, by now, lying very low in the water. The white board on the outside that usually is above the waterline was about 10cm below…surely it was time for us to leave now!!

The driver arrived, put his soundsystem in next to his seat and we were off. Slowly at first and then picking up speed, I was getting splashes of water every now and again from the river. The old lady at the front then asked for the monk to change sides with a couple of tourists, but he didn’t understand and no-one really wanted to move so she eventually told him to change with me…so I headed back to his seat, too far away from Stéphane for him to hear me when I called his name (which was very annoying later on in the cruise).

We stopped at a couple of villages before Muong Ngoy in order to take on another couple of passengers – I half-joked to the French girls next to me that the boat wasn’t already charged enough before we then saw that one of these men even carried a stone with him!!

One of the local ladies at the front cut her leg on the barbed wire, luckily I had some plasters in my little backpack and so Stéphane offered her one which she gladly accepted. She’s fairly pregnant so I hope that there was nothing too nasty on the wire!!

Once everyone had got off at Muong Ngoy, Stéphane and I found ourselves alone on the comfy seats. The pregnant lady and one man sat on the comfy seats in front of us and a family climbed in at the back and settled down for a picnic lunch.

We got out the chicken sandwiches that Somit had prepared for us — chicken, salad and tomato ketchup baguettes — and tucked in.

The river further up from here was narrower and narrower and the current against us was pretty strong at times so the boat engine worked pretty hard and made quite some noise! The mountains slowly disappeared from the sides of the river leaving hills and sandy dunes. We stopped at one dune, time to pee apparently. I was happy not to need to go as the little girl, pregnant lady and the old lady all took it in turns to lower their pants just in front of the boat to pee. The little girl even did more and the pregnant lady then took a plastic bottle from the boat, filled it with river water and used that and her hands to clean the little girls bum…no polluting the environment with toilet paper here!!

We stopped again at another village to let the family off, as we pulled up a group of children ran down from the village to greet the 2 year old boy from the boat. It was such a contrast seeing this little track-suited boy being grabbed by the half-naked and dust-covered cousins from the village. The father of the lady in the boat arrived to help carry things up to the village. It seems that they were all waiting for this arrival with such joy! I expect that there’ll be a big party in the village this evening and much Lao-Lao will be drunk (Lao-Lao is a distilled alcohol made of rice, a little like Chinese saké).

Eventually we were just the two of us in the boat with the driver. The sun was going down and as we tootled onwards towards Muang Khua we passed something that was a cross between a boat, a building and a machine. It was a large, rusty corrugated iron shed on top of a catamaran base. There were several people on board and it was making a lot of noise. Between the two bows of the catamaran was a large conveyor belt that appeared to be pulling rocks up from the bed of the river, washing them with buckets of river water and then piling them up the other side of the construction in the river again. It was a very strange contraption that could easily have come out of Hayao Miyasaki’s animated film Howl’s Moving Castle.

When the boat pulled up at Muang Khua it wasn’t quite the quaint fishing village that I had imagined. There was a lot of concrete and dirt. We headed away from the dock (end of the concrete road into the river) where our driver had passed us our bags before turning his back on us without even a smile. Maybe he was tired, maybe he was hungry, who knows!

We headed up towards the town where we had agreed to head to a guest house that was the other side of a wobbly foot bridge and between two karaoke bars…we stopped instead at one of the first guesthouses on the right hand side of the road with Stéphane saying that this was one of the best in the town according to travelfish (a site that until today we had a lot of faith in).

We entered and asked the young woman there if there were rooms, she said yes, 70,000 Kip…7 Euros…OK. She led us through to the rooms passed her baby who was now crying in the cot under the TV that was screaming away in the lobby. Room number 2 was quite small and a little smelly but we thought that it would do for the night. On the wall there was a printed sign about the rules of the guesthouse on which a previous guest had written that having stayed here four times there were nicer guesthouses in Muang Khua and cheaper too…we laughed saying that the person had actually stayed here four times!! Crazy!!

I went into the bathroom that was “dated” to say the least as I needed to relieve myself after 6 hours on a river boat! As I flushed the toilet I noticed that “water” rose up from where there should be screws to attach the toilet to the floor and then ran across the bathroom floor to the drain in the corner…I was beginning to understand the odours in the bedroom!!

Coming out of the bathroom Stéphane pointed out to me that the towels were stained too and the top of the quilt…discussion time, should we stay or should we go…

In the end, due to tiredness and politeness (we’d already used the towel) we opted to stay…but maybe tomorrow night we’d go to a different guesthouse in the village.

We wandered up the hill in search of somewhere for dinner. There were a couple of huts at the side of the road offering barbecue kebabs to local people and brave tourists, we headed across the suspended footbridge following a sign that said “Restaurant 100m”. We didn’t find the restaurant, there was a huge restaurant-looking place, with tables, chairs, tissues, salt and pepper, etc on the tables…but when we asked if we could eat there we were turned away. Thinking about it now maybe the kitchen had just been closed down by environmental health….that might be a good reason as to why the biggest restaurant in the village was empty!

We eventually headed into a little café where there were about 6 people already eating and had a nice meal followed by a banana for a very reasonable price and headed back to our room. The smell was now slightly overpowering in our room so I put the ventilator and ceiling fans on and we sat out in the common area, on the really hard chairs, with the table with a broken glass top drinking a large bottle of BeerLao and hoping that it would be enough to make us be able to sleep!!

Moral of the story — avoid Room N°. 2 in the Chaleunsouk Guesthouse…more reasons why to come tomorrow!