Le Grand Détour

Battambang – Killing caves and bats / Grotte de la mort et chauve-souris

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[22 décembre 2015]

france_french_flag Nous nous offrons une matinée tranquille pour commencer la journée. Il en faut. La nuit n’a pas été trop mauvaise, grâce au papier toilette que Susie a disposé tout autour de la porte de la chambre hier soir afin d’empêcher les insectes de rentrer par dizaines… Nous prenons notre petit déjeuner au « Choco l’art café », un café tenu par un artiste peintre issu du cirque Phare et Céline, sa femme française. Le chocolat à l’ancienne, les tartines de pain maison et la crèpe au miel tiennent du miracle. On est bien.

Retour à l’hôtel pour rattraper un peu le blog. Le temps passe vite, il est bientôt l’heure de déjeuner. Mais on ne fait que manger pendant ce voyage, ou quoi ?

Nous déjeunons chez Nary’s qui était blindé la veille. Ses rouleaux de printemps frais et sa fricassée de porc et d’aubergines sont juste parfaits pour le midi. Nous discutons un moment avec un australien qui travaille pour une ONG et habite au Cambodge depuis 7 ans. Il confirme quelque chose que nous avons lu sur les arnaques aux orphelinats. C’est incroyable et très triste mais c’est la vérité et il faut que le monde le sache : la plupart des orphelinats du Cambodge sont des arnaques aux enfants ! Ces entreprises, ces business des plus malheureux n’hésitent pas à sortir les enfants des écoles et à arracher les enfants de leurs parents pour attirer le plus de touristes possibles dans leurs locaux, en gardant évidemment 99% si ce n’est pas 100% des dons que ces derniers peuvent faire. C’est un scandale bien dégueulasse et difficile à admettre. D’ailleurs sur une plus large échelle, le « tourisme d’orphelinat » est une très mauvaise chose car même pétris de bonnes intentions, les touristes ne rendent pas service aux enfants. Il faut lire les recommandations du site : http://www.thinkchildsafe.org/thinkbeforedonating pour bien comprendre le pourquoi du comment. Ce site a été créé pour faire prendre conscience que la plupart des orphelinats du monde ne devraient même pas exister car ils ne servent pas l’intérêt de l’enfant. Le site estime que 80% des enfants de ces institutions ne sont pas orphelins. Ils ont pour la plupart été achetés ou extorqué à leurs parents….

Nous retrouvons Our, notre chauffeur de tuktuk, comme prévu devant notre hôtel à 15h. Il doit nous emmener visiter la coline du Phnom Sampeau à 12 kilomètres de là. Elle abrite plusieurs sites d’intérêt touristique parmi lesquels un mémorial aux victimes du génocide des Khmers rouges, des temples bouddhistes et des grottes naturelles dont la fameuse « bat cave » d’où sortent des millions de chauves-souris à la nuit tombante. Il s’inquiète un peu de la cheville de Susie en voyant les béquilles car la route grimpe fort comme il nous l’explique. Susie est partante pour tester. Sa cheville semble se remettre rapidement. Tant mieux.

Nous pensions que Our ne ferait que nous conduire au pied de la coline pour nous y attendre mais non, il nous accompagnera tout au long de la visite, en nous racontant ce qu’il sait des différents monuments et de l’histoire du Cambodge. J’en profite pour lui poser plein de question sur lui, sa famille, le travail, les partis politiques, les khmers-rouges, etc. Il est marié et a deux petites filles de 3 et 5 ans. Comme sa femme ne travaille pas, c’est lui tout seul avec son tuktuk qui subvient à leurs besoins. Il nous raconte qu’ici les jeunes qui se mettent en ménage essayent d’avoir des enfant très tôt… Car ce sont ces enfants qui pourront subvenir aux besoins de leurs parents lorsqu’ils seront vieux. Pas de sécurité sociale ici, pas de retraite, le gouvernement ne donne rien à la population. Et tout coûte cher, en particulier les soins et l’école. Il nous explique qu’il ne faut pas être malade ici. Comme nos autres interlocuteurs cambodgiens, il nous parle du gouvernement corrompu jusqu’à l’os qui accapare la quasi-totalité des donations que font les états étrangers (Etats-Unis, Europe, Australie, etc.). Bien entendu personne ne parle de cela dans journal cambodgien où tout ce que fait le gouvernement pour la population est merveilleux. Et la famine ? Les écoles qui ferment ? Les soins ? Il ne faut pas poser trop de question si l’on ne veut pas visiter une prison d’un peu trop près… Ces échanges nous rendent très humbles.

Nous arrivons finalement au mémorial des killings fields, l’un des champs de la mort des khmers rouges. Sauf qu’ici nous sommes sur une coline dont le temple bouddhiste a été réquisitionné par les khmers rouges comme prison, tuant par la même plus de 10 000 cambodgiens. Le mémorial lui-même se trouve dans la grotte où ils balançaient les corps après l’exécution (ou la torture). Forcément celle-ci s’est retrouvées remplie de cranes et d’ossements dont une partie a été entérrée et une autre conservée dans une grande boîte en verre, à la vue de tous et sous le regard d’un paisible Bouddha couché. L’ambiance est lourde et oppressante.

Our nous raconte ce qu’il sait des atrocités commises par les khmers rouges et ça fait froid dans le dos…

1975, l’année zéro décrétée par les Khmers rouges à leur arrivée au pouvoir, au premier rang duquel le sanguinaire Pol Pot qui a fait ses études en partie en France. Leur idée ? Tuer purement et simplement tous les « opposants », à savoir tous les intellectuels, c’est à dire ceux qui ont fait des études, les professeurs, les médecins, les ingénieurs, la plupart des fonctionnaires, policiers, soldats et tous les riches ! Et puis forcer ensuite les populations à fuir les villes pour travailler comme des esclaves dans les campagnes, en donnant tout ou presque de leur labeur aux khmers rouges. Forcément il y a beaucoup « d’oppossants » à supprimer qui mènent les khmers rouges à créer plus de 300 prisons, 300 camps d’extermination, tels que celui que nous visitons. Comme l’expliquait le docteur Richner (Beatocello), ce sont ces camps qui ont permis à la tuberculose de se développer à l’échelle que connaît aujourd’hui le pays. Our nous explique aussi que lorqu’une personne était trouvée « coupable » au yeux des khmers rouges, ce n’est pas juste la personne elle-même qui était tuée mais toute sa famille sans exception « pour qu’il n’en reste plus un seul », sous entendu de son type. Selon le dicton des khmers rouges, lorsque l’on désherbe, il faut supprimer aussi les racines… Et tout cela a duré près de 4 ans, conduisant un pays alors en plein essor dans les années 60 au chaos, à la guerre civile, à la pauvreté. Sans compter tous les saccages perpétrés sur les temples, sculptures, oeuvres d’art. Vers la fin de ce régime de dégénérés, le pays est exangue, les anciens dirigeants khmers rouges sont eux-mêmes pourchassés, emprisonnés, torturés et tués par les nouveaux dirigeants dans des bains de sang kafkahiens. La population de Phnom Penh est passée de 2 millions à 50 000 personnes. Nous en apprendrons plus lorsque nous serons à Phnom Penh mais cette première évocation suffit à respirer les abîmes putrides de l’âme humaine.

A côté de la grotte, le temple bouddhiste a repris ses fonctions initiales et est devenu un lieu de pelerinage. Un ensemble de sculptures assez horribles offrent une représentation de l’enfer, comme pour se dire que les tortionnaires auront aussi droit, le jour venu, à un traitement « de faveur » à la hauteur de leurs méfaits. Une bande de singes n’hésite pas, elle, à commettre d’autres méfaits en volant de la nourriture ou tout ce qui dépasse des sacs ou des mains des touristes.

Nous emprutons ensuite une autre série d’escaliers vers le plus grand temple bouddhiste qui domine la coline. De là haut, nous aurons une superbe vue sur la campagne cambodgienne, habillée de rizières à perte de vue, d’où bourgeonnent ça et là une ou deux colines.

Que sont devenus les khmers rouges après leur mise en déroute par les vietnamiens en 1978 ? Demandé-je à Our. Pas grand chose en fait, à part les plus hauts gradés du mouvement qui ont eu le droit à des procés. Les autres ont simplement arrêté de faire ce qu’ils faisaient pour reprendre une vie « normale ». Our insiste plusieurs fois sur le fait que le Cambodge est devenu un pays où les gens ont cessé de s’entretuer, un lieu de paix. Alors oui, certains d’entre eux vivent avec des voisins qui ont pu être d’anciens khmers rouges. Mais il n’y a de paix que dans le pardon…

Nous entamons lentement la descente vers le pied de la colline, sur des marches très irrégulières que Susie négocie avec la plus grande attention, armée de sa béquille. Parvenus en bas il ne nous reste plus qu’à nous installer sur des chaises pour attendre l’heure des chauves-souris. Il s’agit en fait d’une grotte inaccessible à pied où vivent littéralement des milions de chauves-souris. Après le coucher du soleil elles sortent toutes, en une rivière noire ondulante à la chasse au moustiques et insectes et ce phénomène dure plus d’une demi-heure.

C’est là, en attendant les chauve-souris que nous nous installons par hasard à côté de James et Madison, ce couple d’australiens qui ont participé au cours de cuisine avec nous à Siemp Reap… Après nos rencontres fortuites avec Gert et Lisa, ce genre de coïncidences ne m’étonnent plus. En tous cas c’est l’occasion de faire plus ample connaissance, d’autant plus qu’ils suivent un circuit très similaire au nôtre au Cambodge, en passant Noël à Phnom Penh et le réveillon du nouvel an à Sihannoukville. Madison nous raconte qu’elle s’est brûlée la jambe sur le pot d’échappement de la moto en venant ici… Et que les locaux lui ont proposé de mettre du dentifrice sur la brûlure. Et ça marche ! Après, faut-il encore avoir sur soi un tube de dentifrice…

Bref, quelques vingt minutes plus tard les chauves-souris font leur sortie et le spectacle est hypnotisant. Si tout va bien nous mettrons la vidéo sur le blog. vingt minutes plus tard les chauves-souris sont toujours en train de sortir de leur grotte par miliers. Pour nous il est temps de rentrer en ville. Nous disons au revoir à James et Madison en nous disant qu’on finira bien par se revoir avant la fin de l’année.

Le retour est périlleux car il fait nuit et la route n’est pas éclairée, sans compter nombre de conducteurs, de cyclistes ou de tuktuks qui n’ont pas de phares ! Heureusement qu’il y a le klaxonne…

Nous décidons de nous faire déposer au Smoking Pot pour le dîner, histoire d’élargir l’horizon de notre aventure culinaire cambodgienne. Le patron, toujours à la cool, nous explique qu’il y a un petit changement de planning pour le bus du lendemain : on viendra nous chercher devant l’hôtel à 8h et non à 9h. OK. Tant pis pour le dodo.

Nous retournons à l’hôtel car nous avons du pain sur la planche à blogger. Good night.

english_flag [22nd December 2015]

This morning we decided to spoil ourselves and as there is no breakfast included at the hotel we headed to a nearby café for a bit of a luxury breakfast. Stéphane opted for the combi — hot chocolate accompanied by a honey crepe…gorgeous. I stuck to the simple local coffee and some toast…which was homemade and also really tasty! The café is run by a French woman and a local guy who used to be part of the circus where he learned how to paint and the walls of the café are covered in his works of art…all different sizes and lots of different styles.

We rang the tuk-tuk driver from yesterday who said that he would come and get us at 3pm…so until then we decided to head back to the hotel to work on the blog for a bit before having lunch at Nary’s Kitchen (where we had planned to go last night).

As we were waiting at Nary’s a tall Australian in his 50s or 60s arrived. He spoke a little Khmer and we started chatting to him. He said that he worked for an NGO in the area offering education and support mainly for agriculture, hygiene and education. He confirmed that 98% of the orphanages in Cambodia were created because of the tourist demand and that the children weren’t actually orphans at all, but taken away from their parents in the morning and bought back in the evening. The parents were given a little of what the child would earn from begging, sales or tourist donations. It’s so wrong!

Shortly afterwards a couple of American men arrived accompanied by a little girl of about 8 years old. She instantly went into the kitchen and you could hear her bossing people around and asking them what they were doing and why. When their food arrived she was busy playing on the owner’s mobile phone with his small son…and didn’t want to eat. It seemed a strange family set up which I couldn’t really work out so I gave up and returned to our delicious lunch of pork spring rolls and grilled aubergines.

The tuk-tuk driver was good to his word and we headed off towards the Killing Caves and the Bat cave at 3pm. The road out of town took us along very dusty dirt roads through some pretty remote villages. We both put our Tenuguis over our faces to try and filter out some of the dust, but I think we should invest in some proper filter masks.

On arrival at the bottom of the hill our driver asked whether I would be ok walking up as there was an option to go on a motorbike for $3. I said that I would like to try to walk, as the doctor had said that I should try to get back to being active as soon as possible. I had one crutch with me that I was planning to use as a support in order not to twist my ankle again.

The road up was pretty steep and, unbeknown to us earlier, our driver came with us and explained quite a few things (as well as taking photos of us every now and again!). On the hill there is a temple that was taken over by the Khmer Rouge when they ran this area. They used the temple itself as a prison before taking their prisoners to a nearby hole and killing them. He said that they were bludgeoned to death (in order not to waste bullets) before their bodies were dropped into the hole. Most of the people killed were monks, artists, musicians, doctors, politicians, soldiers but also all their wives, parents and children — so as not to leave anyone who will try to seek revenge for their deaths.

On the way to the killing cave we pass a group of modern statues. They’re not particularly well done or artistic and show scenes from Buddhist hell. Our driver tries to explain some of them, but his English isn’t that good and I’m maybe a little too tired to make the effort to understand. This place and its stories are getting to me.

We went down into the cave where there is now a place to worship with a reclining Buddha. There are a couple of displays showing some of the skulls and bones of the victims. The cave is pretty deep and there are steps leading down even further than we went. Looking up and to the left you can see the hole leading up to where the assassinations took place. It’s an eery place and I don’t know whether it’s the effort it took me to come down the steps, the weather, the cave or the empty sockets staring out at us from the skulls, but I need to get out of here. I leave Stéphane talking to our driver and start to head back up and out into the fresh air.

At the top I spy a couple of monkeys, mother and child, rummaging around in the bin at the side of the path. The bin is overturned and the rubbish spills out…a young teenager carrying a stick chases them away, but they split up and the baby monkey quickly returns to the bin where he finds the end of a banana…happy! My mind is briefly taken away from the atrocious stories of the Khmer Rouge and it feels good!

We carry on walking and see the other sites on the hilltop. There are fewer stories here and that suits me ^_^. At the top of the hill there are a lot of monkeys hanging around the temple. Stéphane goes and investigates a cave that is down some more steps. I stay at the top…don’t want to overdo it with my ankle which is beginning to swell up nicely…and we’ve got all the steps to get back down to go yet.

While he’s away a couple of British tourists arrive with a bunch of small bananas. They call the monkeys over and throw them the bananas one by one. One of the monkeys clambers up onto the hideous pink and black statues…I snap away happily with my camera.

The steps back down to the tuk-tuk are far from easy and pretty higgledy-piggledy so I take my time, but we arrive down at the bottom before the bat show starts.

Our driver suggests that we sit down at the bar near the tuk-tuk and have a drink. There aren’t many seats left and so we squeeze onto a table where there is already a couple sitting down…and they have familiar faces….it’s James and Madison again!!

After a long chat and a nice cool soda water twilight falls and a river of bats starts pouring out of the bat cave. It’s really impressive and, thankfully, far enough away for me not to be scared (bat phobia starting at 9 years of age when a bat bit my foot at Heartsease Lodge before a horse riding lesson!!).

James, Madison and Stéphane wander off to get a closer look, I prefer to stay and guard the table and rest my ankle.

When they come back we all say our goodbyes. We’re going to be following a pretty similar path from here to Phnom Penh and to Sihanoukville…maybe our paths will cross again.

We stopped the tuk-tuk at the Smoking Pot for dinner but, despite being a cookery school, the meal was incredibly disappointing — there was hardly anyone in there again tonight. It was lucky that we passed though as the guy told us that the bus that we had booked with him tomorrow morning was at 8am and not 8:30…not sure how he would have told us this if we hadn’t been here though as he hadn’t taken our names or a contact number when we’d booked. It’s all a bit Cambodian (random). Time for an early-ish night then as it’s going to be an early start tomorrow!!