Le Grand Détour

On a marché sur la Muraille (1/2)

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france_french_flag Pelotonné dans mon sac à viande, sous trois épaisseurs de couettes, je tente en vain de trouver le sommeil, la tête sur un oreiller fourré de grains de riz, allongé sur un sommier inexistant. Dehors le vent siffle des mélodies glaciales par bourrasques. Je crois que Susie a finalement réussi à s’endormir dans son sac à viande, en se blotissant contre le mien pour se réchauffer. J’aimerais dormir mais mon cerveau a du mal à s’éteindre et à ne pas penser à demain. Mes pensées fourmillent dans tous les sens. Je nous imagine déjà là-haut, sur la muraille. J’aimerais aussi dormir parce que dans quelques heures une grand-mère qui connaît que « hello » en anglais viendra nous réveiller pour le petit déjeuner à 5h50. Et puis un autre homme qui s’appelle peut-être David ira ensuite nous conduire aux portes de la muraille à 6h30…

Nous sommes arrivés « ici » hier en fin d’après-midi, suite à de nombreuses péripéties, sur la base de témoignages lus sur Internet. Le plan consistait à passer la nuit dans une Guest House, à priori dans une ville appelée Simatai, tout près de la muraille de Chine. Cet endroit, connu sous le nom du « Restaurant Donpo », propose normalement une formule comprenant la nuit, le diner, le petit déjeuner et le transport vers la muraille très tôt le matin ainsi que le trajet entre le point de rencontre sur une aire d’autoroute à 120km de Beijing et le restaurant. Bien qu’il ne s’agisse pas vraiment d’une affaire financièrement, ce que l’on achète c’est surtout l’opportunité de parcourir pas loin de 3 kilomètres de la grande muraille quasiment sans voir une âme qui vive, et avec le lever du soleil en prime. J’ai trouvé ce plan grâce au blog de Benoit et Fabienne de Novo-Monde, qui eux-mêmes l’avaient trouvé grâce aux blog de Nico et Aude A contre-sens et ces deux couples avaient relaté des moments extraordinaires sur la muraille. Certaines explications quant à cette guesthouse existent sur Internet grâce à un gars qui habite maintenant aux Etats-Unis mais qui, ayant adoré son expérience, a créé une petite page web pour aider la famille qui tient le restaurant. Pour être honnête ce gars a très bien fait les choses en fournissant beaucoup de détails… Mais lorsqu’on est en Chine et qu’on ne parle pas chinois, ça reste compliqué. A commencer par trouver le bus qui se rend à l’endroit convenu en 1h40 de trajet, où il faut bien stipuler au chauffeur de nous déposer sur l’aire d’autoroute. Là, le fameux David doit passer nous chercher pour nous emmener à la guest house. Ce David, nous l’avons fait appeler par notre hôtel à Beijing la veille pour vérifier que c’était possible. Son anglais est à priori ultra limité mais au moins il a nos noms et j’ai un numéro de téléphone.

Après avoir demandé à plusieurs personnes et effectué pas mal d’allers-retours nous finissons par trouver un bus qui semble se rendre au bon endroit. Il y a la queue comme partout et nous rentrons de justesse. Première partie, check. Dans le bus nous repérons deux jeunes occidentaux, Christian et Michael, avec qui nous passons une bonne partie du trajet à échanger nos expériences chinoises. Eux, américains, habitent à Hong-Kong pour le moment et ils sont en Chine pour 10 jours de vacances en mode sac à dos. Ils espèrent pouvoir dormir sur la muraille cette nuit. Nous leur parlons du plan. Ca fait du bien de pouvoir avoir une longue conversation avec quelqu’un. Et comme je n’ai parlé à personne à part Susie depuis plusieurs jours, je me rattrape 😉 Le bus arrive finalement sur la fameuse aire d’autoroute. Reste plus qu’à trouver David qui est sensé nous y attendre. Pas mal de gens descendent avec nous et nous demandons un peu au hasard si quelqu’un connaît le restaurant DongPo, sans succès. Après plusieurs tentatives infructueuses, je me décide à appeler le numéro. Un homme me répond ! Je dis que je suis Stéphane et Susie et qu’on est à la station service. Je ne comprends quasiment rien à la réponse mais je crois avoir compris « OK ». Puis littéralement quelque chose qui sonnait comme « attends là il y a ma grand-mère » ou était-ce du chinois ? On attend 10 minutes et une voiture arrive finalement. Pas très loquace, ce David qui ne se présente pas me montre son téléphone et je vois mon nom. Ok. Ouf, on est parti pour la guesthouse. A partir de ce moment nous pourrions relater une superbe expérience et des moments extraordinaires, avant et pendant la muraille, tout comme les autres couples. Et l’on ne mentirait pas ! Pour autant, il manquerait quelque chose. Tout ce qui fait la différence entre la théorie et la pratique. Ou plutôt la différence entre l’idée nous nous étions faite du lieu et du déroulement des évènements et la réalité.

Nous partons donc en voiture avec David en laissant Christian et Michael à leurs plans. On se rend compte qu’on est entouré de montagnes auxquelles nous n’avions pas prêtées attention dans le bus, tout à nos discussions. Et 3 minutes plus tard, nous nous engageons sur une route en terre. Ca a l’air complètement perdu dans la forêt. Je me demande où peut bien être cette fameuse ville de Simatai. Nous poursuivons ainsi sur les cahots, les pierres et la terre pendant 15 bonnes minutes, ce qui est assez long, en empruntant des lacets pas possibles et en s’élevant rapidement sur le flanc de la montagne. Finalement nous nous arrêtons dans une cours surplombant la vallée. Serait-ce là le… restaurant ? La Guesthouse ? La ville ? David nous montre notre chambre, une sorte de bungalow ultra simple mais propre avec un grand lit. Il semble y avoir 3 ou 4 autres chambres inocuppées. Il rentre dans une autre pièce, ressort avec une table pliante et des chaises et nous voilà installés avec 2 bières, des cacahuètes et une vue imprenable sur la muraille de Chine, au milieu de nulle-part. David nous parle de partir dans 20 minutes mais je ne sais pas si c’est lui qui va partir ou nous. On sirote nos bières, tout en parcourant le livre d’or qu’il nous a également donné. Nous découvrons avec surprise et plaisir que celui-ci est presque entièrement rempli de mots de français de passage depuis plusieurs années et à chaque fois les remerciements sont très appuyés. On y parle de fabuleuse nuit, d’expérience inoubliable, de repas savoureux et de la gentillesse de la famille. Bon bah ça devrait aller alors, avec ou sans « ville ». La communication avec notre hôte est cependant ultra basique. J’arrive toutefois à comprendre où nous sommes sur une carte et ce que l’on pourra faire le lendemain. Quelque chose comme 3 ou 4 heures de marche sur la muraille entre deux passes.

20 minutes plus tard une femme en moto arrive. Qui parle un peu plus anglais et nous explique que l’on va monter vers sa maison où sa mère cuisinera le repas. Ok pour nous ? Carrément. Nous reprenons la voiture pour 500m et on s’arrête. Il faut continuer à pied sur une pente en terre, vers un ensemble de constructions pas toutes achevées ou bien un peu délabrées. Nous entendons des voix, on voit des chiens et des enfants. Nous débouchons alors dans la cour d’une maison où vit une famille : la grand-mère et le grand-père, un frère et une soeur et leurs femmes et maris ainsi que leurs enfants. Ca respire la bonne humeur mais ça a l’air bien rustique tout ça. Je pense que les photos le montreront mais on a vraiment l’impression de se retrouver dans une maison comme à la fin des bronzés font du ski, dans un petit village de montagne paumé au milieu de nulle part, chez des gens visiblement adorables mais hyper rustauds et tout cela en chinois 🙂 Why not ? De toutes façon c’est pour une nuit. Et puis, n’était-ce pas ce que l’on voulait, aller chez l’habitant, découvrir comment vivent les autres peuples ? Hé bien ce soir on aurait du mal à faire plus local et plus authentique, croyez-moi ! Mais il faut aussi dire que nous avons une vue splendide sur la muraille dans le soleil couchant, malgré la brume. Et c’est pour ça aussi qu’on est là ! Nous regardons autour de nous. Chacun vaque à ses petites occupations, la petite fille de trois ans joue sur le tas de maïs que le grand-père ramasse, les chiens se promènent autour de nous dont un qui a une gueule horrible avec un oeil qui sort complètement de son orbite (!), le garçon le plus agé, 10 ans peut-être, se balade en pyjama. On nous fait signe d’aller nous promener un peu avant le repas et on nous offre une autre bière. Je repère les « toilettes ». Une cabane avec un trou et une pente en béton dedans pour que les déjections tombent sur la montagne ainsi qu’un sceau d’eau pour rincer. Sans oublier la poubelle avec son tas de papier toilette usager. Douche ? Hum. Il y a un robinet, une cuvette avec un savon. Je crois que c’est ça, la douche. On sautera la douche demain matin, alors. Nous naviguons entre ébahissement, surprise et fou-rires. Oh oui c’est roots. Sacrément rustique mais 100% authentique. On pense aux Deschiens chinois. Nous nous baladons dans les environs pendant une petite heure pour découvrir un village microscopique de 4 – 5 maisons assez similaires. Il y a du maïs un peu partout mais également pas mal de détritus de toute sortes, plastiques, récipients, bouteilles, etc. Et tout là-bas, la muraille.

Nous revenons à la maison où la famille finit de manger dans la cour, tous attablés sur une même table ronde, tandis qu’une petite table à l’écart nous attend, face à la muraille. Un peu plus tard, tandis que le jour s’assombrit et que des lueurs apparaissent ça et là sur la muraille, la mamie nous sert un très bon repas : du boeuf mijoté dans une poèle avec une flamme en dessous, avec des pommes de terre et des carottes, une assiette pleine de poivrons et oignons revenus, une assiette de concombres au vinaigre, une omelette aux tomates et une énorme portion de riz. Nous n’allons pas mourir de faim, ça c’est sûr. Tant mieux parce qu’un bel effort nous attend demain matin, sans compter que notre repas du midi, avalé sur le pouce en marchant pendant qu’on cherchait le bus, est bien loin. C’est magique ce repas, ce lieu, cette expérience. Avec la meilleure volonté nous n’arrivons pas à terminer tous les plats mais on fait bien comprendre que l’on s’est régalé. Avant de se coucher la famille se sépare. A priori chaque couple a sa maison dans le coin. Mais les enfants restent avec les grands-parents et dormiront dans la maison où nous sommes. Nous en profitons pour mettre au point le planning du matin. Réveillés 5:50, petit-dej et départ vers 6h30. Arrivée *au pied* de la muraille vers 7h et David viendra ensuite nous récupérer après nos 3 heures de marche. Oui, tout ça en anglo-chinois de bon alois. 😉

Et l’on arrive là où l’histoire a commencé, blottis l’un contre l’autre au travers de nos sacs à viande, dans cette chambre humide sans chauffage mais avec une lampe et des prises électriques. De mon côté j’ai eu l’impression de ne pas avoir fermé l’oeil de la nuit, entre l’inconfort de ma couche, le vent et surtout les clébards qui se sont mis à aboyer pendant des heures à partir de 4 heures du matin. Et pourtant je garde le sourire : dans quelques heures nous marcherons sur la muraille de Chine !

english_flag  The plan, Stéphane’s plan, that he’d found on the internet thanks to a blog written by a French-speaking couple, was to take a bus to a service station where a driver would pick us up and take us to a restaurant which also proposes accommodation, albeit basic, and is right next to the wall. You can, in theory, climb up onto the wall in the evening to watch the sun set or in the morning to watch the sunrise (if there are no guards on duty).

Our first problem was finding the bus…the instructions, such as they were, told us where to get off the metro. They even told us which exit to take from the building but then were slightly less clear about the precise bus location — left/right/underneath the bridge. We asked a couple of people (young lady and a security guard…twice) neither of whom spoke a lot of English…both of whom spoke more English than we do Chinese! The second time, the security guard drew us a map on the floor in chalk…OK, we finally understood and headed where he had sent us. There was already quite a queue and only 2 other occidentals…we counted the number of people in front of us…about 40…we might not make it onto the first bus!!

Luckily, at the exit to the station we’d grabbed a hot snack cooked in front of us by a lady hidden in her cart. Some kind of large flat slice of tofu/pasta fried with an egg broken on it and then some kind of sauce, chopped onions, coriander, salt, pepper — we declined the additional sausage and spices ^_-. She rolled all the ingredients into the wrap and then sliced it up and put into a plastic bowl with a couple of picks for us to eat it with…or more accurately shove it elegantly into our mouths with! It was actually pretty good and better than I would have hoped to find in such a grotty location!

We did make it onto the bus and paid our fare of 32 Yuan each (£3) and settled into our seats for the next hour and forty minutes. Unsure of whether the driver knew to stop at the Jinshanling service station, I went and asked the other two non-Chinese passengers first of all if they spoke English and then, secondly, if they were heading for the same place. Secretly hoping that they had chosen the same “plan” as us…a problem shared is a problem halved…they said that they were heading for the service station but that they hadn’t really got a plan at all and were even hoping to sleep on the wall itself. I headed back to Stéphane and told him this and then, after a while, they got up and came over to our seats where we chatted for most of the rest of the journey — especially Stéphane who is very sociable and, having been deprived of conversation (apart from with me) for a week, was unstoppable! ^_- . The two guys were American students, called Christian and Michael, and are currently working in Hong Kong and on vacation for a couple of weeks in mainland China. When the bus arrived at the service station not many people got off the bus, but all four of us did. From the service station we had a view of the mountains
As part of “The Plan” we’d sent a text message to David telling him when we’d left Beijing and he was supposed to be here or send a driver to pick us up. Asking around using the name of the restaurant it seemed that there was no-one here for us (although there were cars asking for 400 RMB to take us up to the wall). We said goodbye to Christian and Michael, who walked off with their 70 litre backpacks in the direction of the wall. We might see them again though as we’re staying in the same hostel as us in Xi’an

Anyway, Stéphane courageously called David on the phone and said that we were in the service station and the person replied. Not really sure what was said but Stéphane hopefully said that it could have been 5 minutes (or “I have to pick up my grandmother”). When a car eventually pulled up and a man that we will call David from here on, but may not have been David at all, he showed Stéphane his phone which had our name on it and so we got into the car with him.

Having turned off the large road with big signs for the wall we found ourselves on gravel roads steeply climbing up the mountain side. David clearly knew the road well, dodging the potholes like a Jedi and we caught glimpses of The Wall which was, at certain moments, incredibly close!
Now we had imagined that the restaurant, in the town of Simitai, was lit with neons and in the centre of a town. When David turned down the drive of the restaurant and stopped, it was a rundown metal and glass structure, there was no-one. He showed us our room which contained a large flat raised surface with a pile of quilts and pillows piled up in the corner…

We put our bags down and went out to admire the view. Across the valley, fairly well hidden by the fog/smog was the Great Wall of China. We were here. It was amazing!

Stéphane joked that the basin and tap next to us were the showering facilities but, having asked for and visited the toilet, it turned out that this wasn’t a joke!

David didn’t speak much English to say the least, but he brought out a table and a couple of chairs, some monkey nuts and a couple of beers and told us to sit down and enjoy! He said something would be happening in 20 minutes though we had no idea if it was him or us or what the action was. I guessed that we’d see in 20 minutes.

After a while a lady arrived on a moped, she spoke much better English and invited us up to her mother’s house for the night where we would be warmer. We agreed and David put our bags back into the car and off we headed — beers and all!

The mother’s house was in a village with mud roads, dogs and children all over the place. A true village where everyone was busy drying and arranging the sweetcorn after the harvest. Here we met the ladies mother and father, her brothers/sisters and their wives/husbands and the 3 children — 2 boys and Lulu, a very cute little girl who enjoyed rolling around on the pile of sweetcorn that the grandfather was trying to tidy into a homemade wooden cage and who was terrified of one of the dogs (who disgustingly had one of his eyes popping out of its orbit and covered in blood…I admit he scared me a bit too!). Zombie dog!

After a little wander up the hill and around the village we returned to the house where the family were all sitting around a round table in the yard having dinner. We were told to sit down at the other table where Lulu bought over another beer…ever so proud at being able to help!

The grandmother served us our dinner — a beef stew over a flame to keep it hot, some green peppers cooked in garlic and some kind of spice, a tomato and egg dish, some pickled and cooked Chinese cucumbers and a huge bowl of white rice. It was lovely eating our dinner with a view out to a hill topped by the Great Wall of China.

The moped lady and her brothers/sisters all said goodbye having organised tomorrow for us…early start with breakfast at 6am so that we can have time to walk on the wall for a few hours before we have to head back to the bus and back to Beijing for our afternoon train.

Grandma was given orders to wake us up before 6. We wouldn’t see the others again though as it’s “too early”. Fair enough.

The grandchildren however all stayed with the grandparents — I guess for the same reason that we are…it’s warmer in this house. Or maybe that’s just how it is over here. Anyway, we retire for the night into our room. And having brushed our teeth and spat it down the hole which is also the toilet we headed for bed (with me secretly hoping not to need the toilet before we get back to Beijing).

(to be continued…)